Titres-restaurant : faire vos courses avant le 31 décembre, ou garder votre solde pour 2027 ?
Payer des pâtes, du riz ou de la farine avec des titres-restaurant n'est permis que jusqu'au 31 décembre 2026. Une loi pour prolonger cette tolérance a passé l'Assemblée le 12 octobre, le Sénat l'examine le 19 novembre, et rien ne garantit qu'elle soit promulguée à temps. Faut-il vider votre solde en courses d'ici là ? Tout dépend de deux chiffres que vous pouvez lire aujourd'hui sur votre carte.
ParBaptiste Kabel· Fondateur de Fintur

En bref : la loi du 21 janvier 2025 autorise à payer avec des titres-restaurant tout produit alimentaire, même à cuisiner, jusqu'au 31 décembre 2026. Après cette date, sauf nouvelle loi, seuls les produits consommables tels quels (plats préparés, sandwichs, fruits et légumes, produits laitiers) resteront payables. Une proposition de loi qui prolonge la tolérance jusqu'à fin 2027 a été adoptée par l'Assemblée le 12 octobre et doit passer au Sénat le 19 novembre. Vos titres 2026, eux, restent valables jusqu'au 28 février 2027. La question n'est donc pas de les perdre, mais de savoir si votre solde de fin d'année dépassera ce que vous achèterez en janvier et février avec les seuls produits autorisés. Si oui, il faut accélérer maintenant, au rythme maximal de 25,00 € par jour.
Ce qui s'arrête le 31 décembre, et ce qui continue
Le titre-restaurant a été pensé pour le déjeuner. Le code du travail le réserve aux repas et aux préparations alimentaires directement consommables, plus les fruits et légumes. Depuis 2022, une dérogation votée et revotée permet d'aller plus loin et de payer n'importe quel produit alimentaire, y compris ceux qu'il faut cuisiner. La dernière prolongation, la loi n° 2025-56 du 21 janvier 2025, la fait tenir jusqu'au 31 décembre 2026, comme l'indique la fiche de Service Public vérifiée le 8 juillet 2026.
| Dans votre panier | Jusqu'au 31 décembre 2026 | À partir du 1er janvier 2027, sans nouvelle loi |
|---|---|---|
| Plat préparé, sandwich, salade composée | Payable | Payable |
| Fruits et légumes | Payable | Payable |
| Yaourts, fromage, autres produits laitiers | Payable | Payable |
| Pâtes, riz, farine, sucre | Payable | Non payable |
| Viande ou poisson à cuire, conserves à cuisiner | Payable | Non payable en principe |
| Produits non alimentaires (lessive, hygiène, boissons alcoolisées) | Non payable | Non payable |
Rien ne se périme au 1er janvier. Le plafond de 25,00 € par jour ne bouge pas non plus, ni le droit de déjeuner au restaurant ou d'acheter un plat chez le traiteur. Ce qui disparaît, c'est la possibilité de transformer son solde en courses de placard. Pour qui déjeune dehors chaque midi, la date ne change presque rien. Pour qui a pris l'habitude de remplir son caddie avec, elle change tout.
Le Sénat vote le 19 novembre, la loi n'est pas encore là
La proposition de loi du député Christophe Naegelen a été adoptée en première lecture à l'Assemblée nationale le 12 octobre 2026, par 87 voix contre aucune. Elle prolonge la tolérance pendant toute l'année 2027, puis la rend permanente à partir de 2028. Elle ouvrirait aussi les dimanches à tous les bénéficiaires, alors qu'aujourd'hui seuls ceux qui travaillent ce jour-là peuvent payer avec leurs titres. Le Sénat l'a inscrite à son ordre du jour du 19 novembre.
Deux chemins s'ouvrent alors. Si les sénateurs votent le texte sans le modifier, il est adopté définitivement et peut être promulgué dans les semaines suivantes, donc avant la fin de l'année. S'ils le modifient, même d'une virgule, il repart à l'Assemblée ou en commission mixte paritaire, et décembre est chargé par le budget. Le précédent n'invite pas à l'optimisme : en 2024, la censure du gouvernement avait interrompu l'examen, la tolérance s'était éteinte le 31 décembre et la loi qui l'a rétablie n'a été publiée au Journal officiel que le 22 janvier 2025. Pendant trois semaines, les pâtes ne passaient plus en caisse, en principe.
On ne peut donc pas parier sereinement sur l'une ou l'autre issue avant le 19 novembre. En revanche, on peut calculer dès maintenant ce que coûterait le mauvais scénario, et ce qu'il faudrait faire pour qu'il ne coûte rien.
Vingt-cinq euros par jour, et pas un de plus
Une seule règle fixe la vitesse à laquelle un solde peut fondre : 25,00 € par jour au maximum, les jours ouvrables, c'est-à-dire du lundi au samedi hors jours fériés. Le 11 novembre et le 25 décembre tombent en semaine cette année, les dimanches restent fermés sauf si vous travaillez ce jour-là. En comptant ainsi, il reste 59 jours de courses possibles entre le jeudi 22 octobre et le 31 décembre.
Le chiffre théorique est trompeur, car personne ne fait ses courses six jours sur sept. Ce qui compte, c'est votre rythme réel. À deux passages en caisse par semaine, chacun plafonné à 25,00 €, vous écoulez 50,00 € par semaine, soit 500,00 € sur les dix semaines qui séparent le 22 octobre du 31 décembre. Attendre le résultat du Sénat pour décider, c'est déjà renoncer à quatre semaines, puisqu'au 20 novembre il ne reste que 35 jours ouvrables.
Deux chiffres à comparer avant de changer vos habitudes
Les titres de 2026 restent valables jusqu'au 28 février 2027, et en janvier ils sont débités avant ceux de 2027. Le risque réel n'est donc pas la date du 31 décembre en elle-même, mais un solde 2026 trop gros pour être dépensé en deux mois avec un panier réduit aux produits encore autorisés. Le calcul tient en quatre étapes.
- 1Relevez votre solde actuelIl s'affiche dans l'application de votre émetteur ou par SMS, gratuitement. Pour un carnet papier, comptez les titres restants.
- 2Ajoutez ce qui sera crédité d'ici décembreEn général un versement début novembre et un début décembre, du montant de vos titres du mois. Ces titres sont encore de 2026.
- 3Retirez ce que vous dépenserez d'ici au 31 décembreVotre rythme réel, en courses comme au déjeuner. Vous obtenez le solde 2026 qui vous restera le 1er janvier.
- 4Comparez à vos achats de janvier et févrierNe comptez que les produits qui restent payables sans la dérogation : déjeuners, plats préparés, fruits, légumes, laitages. Si le solde du 1er janvier est plus gros, l'écart est la somme à écouler maintenant, ou à faire échanger en mars.
Un salarié qui découvre un écart positif a deux leviers, et ils se combinent : ajouter des passages en caisse avant le 31 décembre, ou basculer une partie de ses déjeuners vers le restaurant en janvier. Le premier se décide dès cette semaine, le second ne demande rien avant le 1er janvier.
Julien, Inès et Marc, trois soldes face à la même date
1. Julien déjeune dehors : rien à changer
Julien reçoit vingt titres de 9,00 € par mois, soit 180,00 € crédités au début de chaque mois. Il les dépense midi après midi en sandwichs, plats du jour et salades, des achats que la fin de la dérogation ne touche pas. Le 31 décembre, il lui reste à peu près le versement de décembre, 180,00 €, qu'il écoulera au déjeuner au fil de janvier. Il peut attendre le vote du Sénat sans rien calculer de plus.
2. Inès cuisine : un passage de plus par semaine suffit
Inès touche aussi 180,00 € par mois, mais elle prépare ses repas et paie avec ses titres deux courses par semaine, à 25,00 € chacune. Le 22 octobre, son solde affiche 540,00 €. Avec les versements de novembre et décembre, 360,00 € de plus, et dix semaines à 50,00 €, elle aborde le 1er janvier avec 400,00 € de titres 2026.
Sans la dérogation, elle estime ses achats encore autorisés à 30,00 € par semaine en fruits, légumes, laitages et plats préparés, soit 240,00 € sur les huit semaines pleines de janvier et février. Il resterait 160,00 € au 28 février. En ajoutant un troisième passage hebdomadaire dès maintenant, elle dépense 250,00 € de plus en courses de placard d'ici au 31 décembre, démarre janvier à 150,00 € et voit son solde 2026 s'épuiser vers la première semaine de février. Concrètement, elle fait ses provisions de pâtes, de riz et de conserves pour l'hiver avec des titres plutôt qu'avec sa carte bancaire en janvier.
3. Marc a laissé dormir ses titres : l'échange devient le vrai sujet
Marc télétravaille trois jours par semaine et paie ses courses avec sa carte bancaire par habitude. Il reçoit 200,00 € de titres par mois et son solde atteint 1 100,00 € le 22 octobre. À une course par semaine, il finit l'année avec 1 250,00 €. Même à quatre passages par semaine, soit 1 000,00 € écoulés en dix semaines, il lui resterait 500,00 € au 1er janvier, et 260,00 € au 28 février après ses achats autorisés. Pour tout vider en courses avant le 31 décembre, il lui faudrait passer en caisse chaque jour ouvrable d'ici là, ce qui laisserait encore 25,00 €.
Pour Marc, la question n'est plus de choisir entre courses et attente. Il fait ses provisions au maximum de ce qui lui est utile, reporte une partie de ses déjeuners sur ses titres en janvier, et prépare l'échange de ce qui restera.
Ce qui reste le 28 février s'échange, à condition de le demander
L'article R3262-5 du code du travail prévoit que les titres non utilisés pendant leur période de validité et rendus à l'employeur au plus tard dans la quinzaine suivante sont échangés gratuitement contre le même nombre de titres valables pour la période suivante. Pour des titres 2026, cette quinzaine court à partir du 1er mars 2027. Le site du ministère de l'Économie précise qu'il faut remettre les titres concernés à l'employeur dans les quinze jours qui suivent la fin de leur période d'utilisation.
Sur une carte ou une application, la démarche dépend du contrat entre votre employeur et l'émetteur. Certains proposent une prolongation à demander dans l'application, d'autres passent par le service des ressources humaines. Le plus sûr est de poser la question en janvier, pas le 14 mars. Un titre qui expire sans être échangé n'est pas remboursé, et vous en aviez payé de 40 % à 50 % sur votre salaire, l'employeur finançant le reste.
Si le Sénat vote le texte conforme
Dans le meilleur des cas, le texte est adopté sans modification le 19 novembre et promulgué en décembre. La tolérance continue alors sans interruption en 2027, et l'accélération de fin d'année devient inutile. Les provisions achetées entre-temps ne sont pas perdues pour autant : ce sont des courses que vous auriez faites en janvier, payées un peu plus tôt avec des titres plutôt qu'avec votre compte courant.
C'est ce qui rend la décision asymétrique. Avancer quelques courses ne coûte rien si la loi passe, et évite un reliquat si elle ne passe pas. À l'inverse, attendre le 20 novembre pour savoir vous prive de quatre semaines de capacité, et ne laisse plus que 875,00 € de courses possibles au plafond. Dans un budget qui se prévoit au mois, le titre-restaurant ressemble à une ligne fixe, mais il se comporte comme une épargne qui périme : mieux vaut savoir où en est son solde avant la date que la découvrir en caisse.
Un dernier point compte pour le compte courant. Chaque euro de courses payé en titres en décembre est un euro de moins débité de votre compte, à un moment de l'année déjà chargé par les cadeaux, et où certains foyers attendent encore la prime de Noël. Pour qui surveille ce que son salaire laisse réellement de disponible, déplacer les courses de placard sur les titres en décembre allège précisément la semaine la plus serrée. Les grandes décisions de ce genre se ramènent souvent à un calendrier, c'est le fil des décisions qui se chiffrent.
Questions fréquentes
Pourra-t-on acheter des pâtes avec des titres-restaurant en janvier 2027 ?
Seulement si une nouvelle loi prolonge la dérogation avant ou peu après le 31 décembre 2026. La proposition adoptée par l'Assemblée le 12 octobre la prolonge jusqu'à fin 2027, mais elle doit encore être votée par le Sénat, qui l'examine le 19 novembre, puis promulguée. Sans elle, seuls les produits directement consommables, les fruits et les légumes restent payables à partir du 1er janvier.
Jusqu'à quand les titres-restaurant 2026 sont-ils valables ?
Ils s'utilisent pendant toute l'année 2026 puis en janvier et février 2027, donc jusqu'au 28 février 2027. En janvier et février, ils sont débités avant les titres de 2027. Les produits que vous pouvez payer avec dépendent en revanche de la règle en vigueur le jour de l'achat, pas de l'année du titre.
Que faire des titres-restaurant non utilisés au 28 février ?
Les rendre à votre employeur dans les quinze jours qui suivent. Le code du travail prévoit leur échange gratuit contre le même nombre de titres valables pour la période suivante. Sur une carte, renseignez-vous auprès de votre employeur ou de l'émetteur sur la procédure, idéalement dès janvier.
Peut-on payer plus de 25 € par jour en titres-restaurant ?
Non. Le plafond est de 25,00 € par jour, tous achats confondus. Avec une carte, le paiement est refusé ou limité au-delà. Avec des titres papier, le commerçant ne rend pas la monnaie, il faut compléter avec un autre moyen de paiement.
Peut-on utiliser ses titres-restaurant le dimanche ?
Aujourd'hui, seulement si vous travaillez ce jour-là. Les titres s'utilisent les jours ouvrables, hors dimanches et jours fériés. La proposition de loi en cours ouvrirait les dimanches à tous les bénéficiaires, mais rien n'est applicable avant sa promulgation.
Vaut-il mieux attendre le vote du Sénat pour décider ?
Attendre coûte de la capacité. Au plafond de 25,00 € par jour, il reste 1 475,00 € de courses possibles à partir du 22 octobre, et 875,00 € seulement à partir du 20 novembre. Si votre solde est faible ou si vous déjeunez dehors, vous pouvez attendre sans risque. S'il dépasse ce que vous achèterez en janvier et février en produits autorisés, mieux vaut commencer dès maintenant.
Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil juridique. Il décrit les règles connues au 21 octobre 2026 : la proposition de loi peut être modifiée par le Sénat, et chaque émetteur ou enseigne applique ses propres conditions. Les cas de Julien, Inès et Marc sont inventés pour l'exemple. Il sera mis à jour après le vote du 19 novembre.
Pour aller plus loin
Sources
Rédigé par Baptiste Kabel · Fondateur de Fintur



plus clair. Les essentiels restent, le reste, c'est vous qui décidez.