Jour de grève : combien en moins sur la paie, et sur laquelle ?
Pour une heure de grève, un agent de l'État perd autant que pour une journée entière. Dans une mairie, un hôpital ou une entreprise, la même heure coûte cinq fois moins. Et la retenue arrive rarement sur la paie où on l'attend.
ParBaptiste Kabel· Fondateur de Fintur

En bref : un agent de l'État perd un trentième de sa rémunération du mois par jour de grève, même pour une heure d'arrêt. Dans la fonction publique territoriale et hospitalière, la retenue suit la durée : un trentième pour la journée, un soixantième pour la demi-journée, 1/151,67 pour une heure. Dans le privé, elle est proportionnelle aux heures non travaillées, rapportées aux heures du mois. Pour 2 050,00 € net, une journée représente environ 68,33 € dans le public et autour de 97,62 € dans le privé. Côté fonction publique, aucun texte n'oblige à la prélever sur la paie du mois de la grève.
Trois façons de compter la même absence
Une journée de grève n'est pas payée, ce point ne surprend personne. La surprise vient du mode de calcul, qui change selon l'employeur et peut multiplier la retenue par cinq pour un arrêt d'une heure. Trois régimes coexistent, et chacun compte l'absence dans une unité différente : le jour pour l'État, l'heure pour les collectivités et les hôpitaux, l'heure réellement prévue au planning pour les entreprises.
| Employeur | Une heure | Une demi-journée | Une journée |
|---|---|---|---|
| État (ministères, Éducation nationale…) | 1/30 du mois | 1/30 du mois | 1/30 du mois |
| Collectivité territoriale, hôpital public | 1/151,67 du mois | 1/60 du mois | 1/30 du mois |
| Entreprise privée | 1 h ÷ heures du mois | heures d'arrêt ÷ heures du mois | heures d'arrêt ÷ heures du mois |
Tous les exemples qui suivent partent du même cas, choisi pour l'illustration et sans valeur de moyenne : 2 050,00 € net par mois, à temps plein, sans supplément familial. La retenue se calcule en réalité sur la rémunération brute. La part non versée ne supportant pas de cotisations, le net baisse à peu près dans la même proportion, et l'ordre de grandeur reste juste.
Agents de l'État : un trentième, même pour une heure
Dans la fonction publique d'État, chaque jour de grève retire un trentième de la rémunération du mois, que l'arrêt ait duré la journée ou seulement une partie. Les juristes parlent de trentième indivisible. Un professeur qui assure ses cours du matin puis rejoint le cortège l'après-midi, un agent des finances publiques qui débraie une heure : la retenue est la même que pour une journée complète. Sur 2 050,00 € net, cela représente environ 68,33 €.
La base du calcul est large. Elle réunit le traitement indiciaire, l'indemnité de résidence, les primes et les indemnités, les primes annuelles étant ramenées à une moyenne mensuelle d'après le montant de l'année précédente. Deux éléments échappent à la retenue : le supplément familial de traitement, maintenu en totalité, et les remboursements de frais.
La règle est contestée. Saisi par la CGT, le Comité européen des droits sociaux a estimé, dans une décision rendue publique en février 2023, qu'elle entraîne une retenue disproportionnée. Ses décisions ne s'imposent pas directement en droit français, et le ministère de la Fonction publique avait alors fait savoir qu'il ne modifierait pas le texte. La fiche de Service Public vérifiée en mars 2026 décrit toujours le trentième par jour de grève.
Mairie, département, hôpital : la retenue suit la montre
Les fonctions publiques territoriale et hospitalière appliquent une retenue proportionnelle à la durée de l'absence. Une journée vaut un trentième, une demi-journée un soixantième, une heure 1/151,67 de la rémunération mensuelle. Avec le même exemple, la journée coûte environ 68,33 €, la demi-journée 34,17 € et l'heure 13,52 €.
Les agents qui travaillent en gardes de vingt-quatre heures suivies d'un repos ont leur propre compte. La retenue se mesure en gardes non effectuées, rapportées à la moyenne mensuelle. Service Public donne le cas d'un agent à 120 gardes par an, soit 10 par mois : deux gardes manquées représentent deux dixièmes de la rémunération du mois, pas deux trentièmes.
Vendredi et lundi : le week-end entre dans le compte
Quand la grève s'étend sur plusieurs jours consécutifs, la fonction publique ne compte pas les jours travaillés perdus. Elle compte tous les jours du calendrier entre le premier et le dernier jour de grève, y compris ceux où l'agent n'avait aucun service à assurer : samedi, dimanche, jour férié, congé. La règle figure à l'identique pour les trois versants.
Un agent en grève le vendredi et le lundi suivant se voit donc retenir quatre trentièmes, et non deux. Sur 2 050,00 € net, cela fait environ 273,33 €. Les deux mêmes journées posées un mardi et un jeudi, avec le mercredi travaillé entre les deux, en coûteraient 136,67 €.
Dans une entreprise, le prix d'une heure dépend du mois
Le code du travail ne fixe pas de fraction. Il pose un principe, repris par Service Public : la retenue doit être proportionnelle à la durée de l'arrêt, accessoires de salaire compris, et toute retenue supérieure est interdite. La Cour de cassation en a tiré la méthode pour un salarié mensualisé. Le prix d'une heure de grève est le salaire du mois divisé par le nombre d'heures de travail prévues dans l'entreprise ce mois-là (chambre sociale, 4 février 1988).
Ce diviseur n'est pas le forfait de 151,67 heures qui figure sur le bulletin. Il change tous les mois, et la même journée de grève ne coûte donc pas la même somme en février et en juillet.
| Jours travaillés dans le mois | Heures du mois | Une heure de grève | Une journée de 7 heures |
|---|---|---|---|
| 20 jours | 140 h | 14,64 € | 102,50 € |
| 21 jours | 147 h | 13,95 € | 97,62 € |
| 23 jours | 161 h | 12,73 € | 89,13 € |
À salaire égal, une journée entière pèse plus lourd dans le privé que dans le public, puisqu'elle représente un vingtième à un vingt-troisième du mois contre un trentième. Le privé, en revanche, ne compte jamais le week-end. Pour les salariés au forfait en jours, la retenue se fait par journée ou demi-journée, et un arrêt plus court impose de reconstituer un salaire horaire à partir du nombre de jours du forfait (chambre sociale, 13 novembre 2008).
Deux détails se vérifient sur le bulletin. La grève ne doit pas y être mentionnée : la ligne apparaît comme une absence, sans son motif. Et les heures perdues ne se rattrapent pas, l'employeur ne peut pas demander de les récupérer plus tard.
La paie qui porte la retenue n'est pas toujours celle du mois
Dans une entreprise, la retenue suit le circuit ordinaire des absences : le bulletin du mois, ou celui d'après quand la paie était déjà bouclée au moment de la grève.
Dans la fonction publique, le calendrier est plus lâche. Service Public le dit sans détour : aucun texte n'impose que la retenue soit faite sur la rémunération du mois de la grève. Elle doit seulement être calculée sur ce mois-là. Les organisations syndicales constatent en pratique un décalage d'un à deux mois chez les agents de l'État.
Prenons l'appel intersyndical à la grève du jeudi 5 novembre 2026 dans la fonction publique. Les paies de l'État qui suivent sont créditées le jeudi 26 novembre, le mardi 22 décembre, puis le mercredi 27 janvier 2027. Si le décalage habituel se répète, le trentième manquera sur la paie de décembre ou sur celle de janvier. La première doit tenir trente-six jours, la seconde arrive après les fêtes. Le détail de ces dates est dans le calendrier de paie des fonctionnaires.
Un garde-fou existe pour les mouvements longs. La retenue ne peut pas dépasser la part saisissable de la rémunération, ce qui conduit à l'étaler sur plusieurs paies quand les jours de grève s'accumulent.
Une somme connue à l'avance, avec une date probable : le cas se range parmi les mois où les rentrées d'argent varient sans prévenir, sauf qu'ici le montant se calcule dès le soir de la grève. Dans Fintur, la retenue se pose comme une dépense prévue sur le jour de la paie concernée, dans l'onglet Calendrier. Horizon redessine alors le solde jusqu'à la paie suivante et montre si le calendrier des prélèvements passe encore, ou quel jour il se tend. La méthode complète est dans le guide pour prévoir sa trésorerie.
Ce que la grève laisse intact, et ce qu'elle retire en plus
- Le contrat de travail est suspendu, pas rompu. Un salarié ne peut être ni sanctionné ni discriminé pour avoir fait grève, par exemple sur une augmentation.
- Le supplément familial de traitement des agents publics est versé en entier, quel que soit le nombre de jours de grève.
- Dans la fonction publique, les jours de grève non payés ne comptent pas pour la retraite. Dans la territoriale et l'hospitalière, une journée où l'agent a fait grève une partie du temps et travaillé le reste compte en entier pour la durée d'assurance.
- La part de rémunération non versée ne supporte pas de cotisations, ce qui explique que le net baisse dans une proportion voisine du brut.
Questions fréquentes
Combien perd-on pour un jour de grève dans la fonction publique ?
Un trentième de la rémunération mensuelle par jour de grève, dans les trois versants. Pour 2 050,00 € net sans supplément familial, cela représente environ 68,33 €. Le supplément familial de traitement et les remboursements de frais ne sont pas concernés.
Une heure de grève coûte-t-elle une journée entière ?
Pour les agents de l'État, oui : la retenue est d'un trentième même si l'arrêt dure moins d'une journée. Dans la fonction publique territoriale et hospitalière, une heure coûte 1/151,67 de la rémunération du mois. Dans le privé, la retenue est proportionnelle au temps d'arrêt.
Comment est calculée la retenue pour grève dans le privé ?
Le salaire du mois est divisé par le nombre d'heures de travail prévues dans l'entreprise ce mois-là, puis multiplié par les heures de grève. Le diviseur change chaque mois : pour 2 050,00 € net à 35 heures, une journée de 7 heures représente 102,50 € un mois de 20 jours travaillés et 89,13 € un mois de 23 jours.
Le week-end est-il retenu en cas de grève le vendredi et le lundi ?
Dans la fonction publique, oui. Pour une grève sur plusieurs jours consécutifs, tous les jours du calendrier compris entre le premier et le dernier jour de grève sont retenus, soit quatre trentièmes pour un vendredi et un lundi. Dans le privé, seules les heures qui auraient dû être travaillées sont retenues.
Sur quelle paie la retenue pour grève est-elle prélevée ?
Dans le privé, sur le bulletin du mois ou du mois suivant. Dans la fonction publique, aucun texte n'impose de la faire sur la paie du mois de la grève : elle intervient souvent un à deux mois plus tard pour les agents de l'État, d'après les organisations syndicales.
La grève apparaît-elle sur la fiche de paie ?
Non pour les salariés du privé : l'exercice du droit de grève ne doit pas être mentionné sur le bulletin. La retenue y figure comme une absence, sans indication du motif.
Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil juridique. Les règles viennent des fiches de Service Public vérifiées le 3 mars 2026 (fonction publique) et le 10 août 2026 (secteur privé), consultées le 7 octobre 2026. Les montants sont des calculs d'illustration sur un net mensuel de 2 050,00 €, alors que la retenue réelle s'applique à la rémunération brute. Un accord d'entreprise ou une convention collective peut prévoir des modalités particulières. Votre bulletin de paie, votre service des ressources humaines ou un représentant du personnel restent les seules références pour votre situation.
Pour aller plus loin
Sources
Rédigé par Baptiste Kabel · Fondateur de Fintur



plus clair. Les essentiels restent, le reste, c'est vous qui décidez.