Temps partielGuide du thème : Grandes décisions de vie

Passer à 80 % : combien vous perdez vraiment, et pourquoi ce n'est presque jamais 20 %

Sur la fiche de paie, passer à 80 % retire 20 % du salaire. Après impôt, la perte est plus petite. Une fois le loyer et les prélèvements payés, elle peut être deux fois plus grosse. Le chiffre qui décide n'est pas votre salaire, c'est la part de votre mois déjà engagée.

ParBaptiste Kabel· Fondateur de Fintur

Agenda mensuel ouvert sur un bureau en bois, les cases des jours encore presque vides.

En bref : à 80 %, le salaire net baisse de 20 %, mais l'impôt baisse plus vite, parce qu'il est progressif. Pour une personne seule à 2 500,00 € nets par mois, le revenu après impôt ne recule que de 18,07 %, soit 428,09 € par mois. Ces 428,09 € sortent pourtant en entier de ce qui reste une fois les charges fixes payées. Avec 1 450,00 € de charges, cette part libre passe de 919,67 € à 491,58 € : 46,55 % de moins. Les premiers mois, le prélèvement à la source garde l'ancien taux et retient 45,58 € de trop chaque mois, sauf si vous le modifiez.

Ce que la fiche de paie montre, et ce qu'elle ne montre pas

Dans le secteur privé, le salaire suit le temps de travail. À 80 %, le brut baisse de 20 %, les cotisations salariales aussi, puisqu'elles sont calculées en pourcentage du brut. Le net avant impôt recule donc lui aussi d'à peu près 20 %. Un salarié payé 2 500,00 € nets par mois passe à 2 000,00 €.

Quelques lignes ne suivent pas la règle, et elles jouent toutes dans le mauvais sens. La part salariale d'une mutuelle d'entreprise est souvent un montant fixe : elle ne baisse pas avec le salaire. Les titres-restaurant sont dus par jour travaillé, donc vous en recevez un sur cinq de moins, avec la part payée par l'employeur qui va avec. Le remboursement de la moitié de l'abonnement de transport, lui, reste entier dès que vous travaillez au moins à mi-temps.

Jusque-là, rien de surprenant. Les deux écarts qui comptent vraiment se jouent ailleurs : dans l'impôt, qui baisse plus que le salaire, et dans les charges du mois, qui ne baissent pas du tout.

Après impôt, vous perdez moins de 20 %

L'impôt sur le revenu est progressif : chaque euro retiré en haut de vos revenus était taxé au taux le plus élevé de votre barème. Pour les revenus modestes et moyens, la décote amplifie l'effet, puisqu'elle grossit à mesure que l'impôt diminue.

Prenons Julie, célibataire, sans enfant, 2 500,00 € nets par mois à temps plein, soit 30 000,00 € sur l'année. Pour simplifier, on assimile ici son net imposable à son net avant impôt. Au barème 2026, après l'abattement de 10 % et la décote, son impôt annuel est de 1 564,00 €. À 80 %, avec 24 000,00 € de revenus, il tombe à 701,00 €. Son salaire baisse de 20 %, son impôt de 55 %.

Personne seule, une part fiscale. Impôt calculé au barème 2026 (tranches de 11 600 €, 29 579 €, 84 577 €), abattement de 10 % et décote de 897 € moins 45,25 % de l'impôt brut. Net imposable assimilé au net avant impôt. Calcul Fintur.
Julie, par moisTemps pleinÀ 80 %Écart
Salaire net avant impôt2 500,00 €2 000,00 €−500,00 € (−20 %)
Impôt sur le revenu130,33 €58,42 €−71,91 €
Revenu après impôt2 369,67 €1 941,58 €−428,09 € (−18,07 %)
Charges fixes1 450,00 €1 450,00 €aucun
Ce qui reste pour le mois919,67 €491,58 €−428,09 € (−46,55 %)

Un jour de travail en moins par semaine coûte donc à Julie 428,09 € par mois, pas 500,00 €. Si l'on rapporte ce chiffre aux quelque 4,3 jours libérés par mois, chaque journée rendue lui coûte environ 99,00 €.

Après les charges fixes, la perte peut doubler

Le loyer, l'assurance, l'abonnement téléphone, le crédit de la voiture ne savent pas que vous êtes passé à 80 %. Ils tombent aux mêmes dates, pour les mêmes montants. Toute la baisse se reporte donc sur ce qui reste après eux : les courses, les sorties, l'essence, l'épargne. Julie a 1 450,00 € de charges fixes. Il lui restait 919,67 € par mois pour tout le reste. Il lui en reste 491,58 €.

Julie, célibataire, 2 500,00 € nets par mois à temps plein et 1 450,00 € de charges fixes. Impôt au barème 2026, décote comprise : 1 564,00 € par an à temps plein, 701,00 € à 80 %. Les mêmes 428,09 € perdus pèsent 18 % de son revenu et 47 % de ce qui lui reste une fois les charges payées. Calcul Fintur.

Les euros perdus sont les mêmes, 428,09 €. Mais rapportés à la marge du mois, ils en emportent presque la moitié. Si Julie dépense aujourd'hui 700,00 € par mois en courses et en vie courante, il lui manquera 208,42 € chaque mois à 80 %, à prendre sur son épargne ou à retirer de ses dépenses.

Le chiffre qui décide : la part de votre mois déjà engagée

La baisse de votre reste à vivre se calcule en une division : la baisse de votre revenu après impôt, divisée par la part de ce revenu qui n'est pas déjà promise aux charges fixes. Avec 30 % de charges fixes, il vous reste 70 % du revenu libre, et une baisse de 18,07 % du revenu devient une baisse de 25,81 % de cette part libre. Avec 61 % de charges, comme Julie, elle devient 46,55 %. Avec 70 %, elle atteint 60,23 %.

Même baisse de revenu pour tous, 18,07 % après impôt comme pour Julie. Plus vos charges fixes pèsent lourd, plus la part libre du mois fond vite : elle baisse de 25,81 % avec 30 % de charges, de 46,55 % avec 61 %, de 60,23 % avec 70 %. Calcul Fintur.

Deux personnes au même salaire peuvent donc vivre le même passage à 80 % de façon opposée. Un propriétaire qui a fini de rembourser son crédit le sentira à peine. Un locataire en ville, avec un loyer qui prend déjà un tiers de son salaire, le sentira dès le premier mois. Le salaire ne dit presque rien. La liste de vos prélèvements dit presque tout.

Avant de faire la demande, le seul calcul qui compte se fait donc sur vos chiffres : additionnez tout ce qui sort chaque mois sans que vous puissiez l'arrêter, retirez-le de votre futur revenu après impôt, et comparez ce qui reste à ce que vous dépensez vraiment le reste du mois. Le simulateur de budget prévisionnel fait cette soustraction mois par mois.

Le piège des premiers mois : le prélèvement à la source garde l'ancien taux

Votre taux de prélèvement à la source est calculé sur vos revenus d'il y a un ou deux ans. Il ne bouge pas quand votre salaire baisse. Julie avait un taux de 5,2 %. À 80 %, il s'applique toujours, sur un salaire plus petit : 104,00 € retenus par mois, alors que son impôt réel n'est plus que de 58,42 € par mois.

Elle avance ainsi 45,58 € de trop chaque mois, environ 547,00 € sur l'année, que l'administration lui rendra l'été suivant, après sa déclaration. Pendant tout ce temps, ce qui lui reste vraiment après les charges n'est pas 491,58 € mais 446,00 €. Les premiers mois à 80 % sont les plus serrés, justement ceux où l'on découvre le nouveau budget.

Ce décalage se corrige. Dans votre espace particulier sur impots.gouv.fr, la rubrique « Gérer mon prélèvement à la source » permet de déclarer une baisse de revenus et d'obtenir un taux recalculé, dès que l'écart est suffisant. Si vous êtes en couple, le choix entre taux individualisé et taux du foyer change aussi qui des deux sent la baisse sur sa paie. Sur votre propre salaire, le calculateur de salaire net après impôt donne le taux juste et le remboursement à attendre.

Avec un enfant de moins d'un an, la CAF prend une partie de la perte

Thomas gagne 2 200,00 € nets par mois, Léa 2 300,00 €. Ils ont un premier enfant de quelques mois, donc deux parts et demie. Thomas pense passer à 80 % pendant son congé parental à temps partiel. Son salaire baisse de 440,00 € par mois.

Côté impôt, celui du foyer passe de 1 649,00 € à 889,00 € par an, décote comprise. Côté CAF, travailler entre 50 et 80 % ouvre droit à la prestation partagée d'éducation de l'enfant, la PreParE, de 171,42 € par mois, non imposable. Pour un premier enfant, chaque parent peut la toucher six mois au plus, avant son premier anniversaire, à condition d'avoir cotisé au moins huit trimestres pour la retraite dans les deux ans qui précèdent la naissance.

Couple marié ou pacsé, un enfant, deux parts et demie. Barème 2026, abattement de 10 %, décote couple. PreParE au montant affiché par service-public pour une activité entre 50 et 80 %, versée au plus six mois par parent pour un premier enfant. Calcul Fintur.
Foyer de Thomas et Léa, par moisThomas à temps pleinThomas à 80 %
Salaires nets4 500,00 €4 060,00 €
Impôt du foyer137,42 €74,08 €
PreParEaucune171,42 €
Revenu du foyer4 362,58 €4 157,34 €
Écart−205,24 €

Pendant ces six mois, les 440,00 € de salaire perdus ne coûtent au foyer que 205,24 €, moins de la moitié. Il faut encore retirer une journée de garde par semaine, à la crèche ou chez l'assistante maternelle selon le contrat. Mais la PreParE s'arrête au bout de six mois : si Thomas reste à 80 % ensuite, l'écart remonte à 376,66 € par mois, sans que rien d'autre n'ait changé. Cette date de fin mérite d'être notée tout de suite, au même titre qu'un prélèvement. Le budget de l'arrivée d'un enfant détaille les autres lignes qui bougent la même année.

Fonctionnaire : 80 % du temps, 85,71 % de la paie

Dans la fonction publique, la règle est plus favorable. Un agent à 80 % est payé 6/7 d'un temps plein, soit 85,71 %, et non 80 %. Un agent à 2 400,00 € nets passe à 2 057,14 €, et perd 342,86 € par mois au lieu de 480,00 €. Seules les quotités de 80 % et 90 % bénéficient de ce coup de pouce : à 90 %, la paie est de 32/35, soit 91,43 %. En dessous de 80 %, on revient au prorata exact.

La baisse d'impôt joue en plus, de la même façon que pour Julie. Pour un fonctionnaire, une journée libérée par semaine coûte donc nettement moins de 14 % du revenu après impôt. Le raisonnement sur les charges fixes, lui, reste entier.

Et la retraite ?

Les trimestres ne posent presque jamais de problème. En 2026, un trimestre se valide avec 1 803,00 € de salaire brut, quatre trimestres avec 7 212,00 € sur l'année. Un salaire de 80 % dépasse ce seuil de loin, même au SMIC : votre durée d'assurance continue d'avancer au même rythme.

Le montant, lui, bouge. Dans le régime de base, la pension se calcule sur vos 25 meilleures années : quelques années à 80 % ne pèsent que si elles en font partie. Dans la retraite complémentaire Agirc-Arrco, vous gagnez des points en proportion de votre salaire : une année à 80 % rapporte 20 % de points en moins. Le salarié et l'employeur peuvent convenir de cotiser sur la base d'un temps plein, ce qui efface cette perte. Le surcoût de cotisation est à votre charge, sauf si l'employeur accepte de le prendre en charge.

Demander son 80 % : délais et refus possibles

  1. 1
    Lire d'abord votre convention collectiveUn accord de branche ou d'entreprise peut fixer sa propre procédure et ses propres délais. S'il existe, c'est lui qui s'applique, pas les délais du Code du travail.
  2. 2
    Sans accord, écrire six mois avantLa demande part par lettre recommandée avec accusé de réception, au moins six mois avant la date souhaitée, en précisant la durée de travail voulue et la date de début.
  3. 3
    Attendre la réponse sous trois moisL'employeur répond par lettre recommandée dans les trois mois. Il peut refuser, mais seulement si aucun emploi équivalent à temps partiel n'existe dans votre catégorie, ou si le changement nuit à la bonne marche de l'entreprise.
  4. 4
    Signer un avenantEn cas d'accord, le passage à 80 % se fait par un avenant au contrat de travail. C'est aussi le moment de demander, si vous y tenez, à cotiser pour la retraite sur la base d'un temps plein.

Un congé parental d'éducation à temps partiel, lui, est un droit pour le salarié qui remplit les conditions d'ancienneté : l'employeur ne peut pas le refuser. Dans la fonction publique, le temps partiel est accordé sur autorisation, et devient de droit dans certains cas, notamment pour élever un enfant de moins de trois ans.

Ce que votre compte vivra le premier mois

Le passage à 80 % prend effet un jour précis, et la première paie réduite arrive le mois suivant, en même temps que tous les prélèvements habituels. Si le point bas de votre compte frôlait déjà zéro avant le virement du salaire, il passera en dessous dès ce mois-là. C'est le scénario typique d'un découvert qu'on n'avait pas vu venir.

Fintur permet de poser ce changement avant qu'il arrive : un salaire plus bas à partir d'une date donnée, la fin de la PreParE au septième mois, le remboursement d'impôt de l'été suivant. Horizon projette ensuite votre solde mois après mois, avec et sans le 80 %, pour voir si le compte tient. La méthode est celle de toutes les grandes décisions de vie : juger le choix sur ce qu'il fait à votre solde à venir, pas sur la ligne de la fiche de paie. Et si vous hésitez encore entre réduire votre temps et partir, quitter son emploi se prépare avec le même calcul.

Questions fréquentes

Combien perd-on en passant à 80 % ?

Dans le privé, 20 % du salaire net, mais moins après impôt, parce que l'impôt est progressif. Pour une personne seule à 2 500,00 € nets par mois, la perte après impôt est de 428,09 € par mois, soit 18,07 %. Rapportée à ce qui reste après les charges fixes, elle peut dépasser 45 %.

Un fonctionnaire à 80 % est-il payé 80 % ?

Non. Dans la fonction publique, un temps partiel à 80 % est rémunéré 6/7 d'un temps plein, soit 85,71 %. À 90 %, la rémunération est de 32/35, soit 91,43 %. En dessous de 80 %, elle suit le prorata exact du temps travaillé.

Le prélèvement à la source baisse-t-il automatiquement à 80 % ?

Le montant prélevé baisse, puisqu'il s'applique à un salaire plus petit, mais le taux reste celui calculé sur vos anciens revenus. Comme l'impôt réel baisse plus vite que le salaire, vous payez trop chaque mois jusqu'à la régularisation de l'été suivant, sauf si vous demandez un nouveau taux sur impots.gouv.fr.

Passer à 80 % fait-il perdre des trimestres de retraite ?

Presque jamais. En 2026, quatre trimestres se valident avec 7 212,00 € de salaire brut sur l'année, un seuil qu'un salaire à 80 % dépasse largement. Le montant de la pension peut en revanche baisser, surtout via les points Agirc-Arrco, sauf si vous cotisez sur la base d'un temps plein avec l'accord de l'employeur.

L'employeur peut-il refuser un passage à 80 % ?

Oui, dans le privé, mais seulement pour deux motifs : aucun emploi équivalent à temps partiel n'est disponible dans votre catégorie, ou le changement nuit à la bonne marche de l'entreprise. Il doit répondre dans les trois mois. Un congé parental d'éducation à temps partiel, en revanche, ne peut pas être refusé si vous remplissez les conditions.

Quelle aide de la CAF pour un parent à 80 % ?

La PreParE, de 171,42 € par mois pour une activité entre 50 et 80 %, non imposable. Pour un premier enfant, chaque parent peut la percevoir six mois au plus, avant le premier anniversaire de l'enfant, s'il a cotisé au moins huit trimestres dans les deux ans qui précèdent la naissance.

Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil personnalisé. Les impôts sont calculés par Fintur au barème de l'impôt sur le revenu 2026, avec l'abattement de 10 % et la décote, en assimilant le net imposable au net avant impôt ; votre avis d'imposition peut différer selon vos autres revenus et déductions. Le montant de la PreParE et les règles de demande de temps partiel sont ceux affichés par service-public.fr, consultés le 28 octobre 2026. Les seuils de validation des trimestres reposent sur le SMIC horaire du 1er janvier 2026, 12,02 €. Julie, Thomas et Léa sont des exemples : remplacez leurs chiffres par les vôtres.

Pour aller plus loin

Sources

Rédigé par Baptiste Kabel · Fondateur de Fintur

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